QSEC² : des expositions collaboratives

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À l’issue d’une saison sur le thème de l’air, les porteurs du projet Questions de Sciences, Enjeux Citoyens (QSEC²) réalisent un premier bilan, concernant notamment les motivations des citoyens impliqués dans le projet.

Le projet Questions de Sciences, Enjeux Citoyens (QSEC²) est né de la volonté partagée d’acteurs de CSTI franciliens et de la région Île-de-France de promouvoir le dialogue sciences-société. Il part du constat que la CSTI est à même d’accompagner la société dans ses évolutions, en développant le dialogue autour des impacts sociétaux des sciences et des techniques.

Faisant suite à cinq saisons du projet QSEC (2009-2014), dispositif régional aux modalités différentes mais partageant les mêmes objectifs de dialogue entre scientifiques, élus et citoyens, QSEC² s’articule autour de la conception d’expositions interactives et collaboratives sur des thèmes sciences-société et de leur itinérance et animation dans l’ensemble du territoire francilien.

Il est mis en place par un consortium de huit associations de culture scientifique – Traces (Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes), Terre Avenir, Association Science Technologie Société (ASTS), Planète Sciences Île-de-France, Paris Montagne, Science Ouverte, Savoir Apprendre (Exploradôme) et Les Petits Débrouillards Île-de-France – assurant chacune la coordination et la mise en place du projet dans un département francilien, et financé par la région Île-de-France et le Programme d’investissements d’avenir.

Le projet comprend deux saisons thématiques, d’environ trois ans chacune, la première sur le thème de l’air (2014-2017) et la seconde sur les mobilités (2016-2020).

Des expositions co-conçues avec des citoyens

Le projet QSEC² produit des expositions tous publics, interactives, ludiques, participatives, et adaptées à l’itinérance, pour des espaces de 100 à 200 m2. Dès sa conception, l’exposition intègre les préoccupations et points de vue d’acteurs du territoire, par l’intermédiaire de groupes de citoyens co-concepteurs. Ces huit groupes (un par département) sont constitués de citoyens de tous horizons : classes de lycéens, habitants d’un quartier réunis autour d’une maison de quartier ou militants associatifs. Durant 8 à 12 mois, en parallèle de la conception de l’exposition, ils se documentent, rencontrent des spécialistes, visitent des laboratoires ou des lieux emblématiques de la thématique, échangent et débattent.

Animés par l’un des opérateurs du projet, leurs parcours génèrent des réflexions qui alimentent et influencent le travail des muséographes, tout au long de la conception. Enfin de parcours, le groupe définit collectivement la contribution qu’il souhaite apporter à l’exposition et la réalise, en partenariat avec les muséographes.

L’évaluation menée lors de la première saison a mis en évidence, au-delà des belles réalisations, des points d’amélioration. Ainsi, les contributions citoyennes ne sont pas assez mises en valeur puisqu’un peu moins de la moitié des visiteurs de l’exposition les identifient comme telles. Pour autant, leur légitimité n’est pas remise en cause, au contraire, puisqu’ils sont 75 % à juger qu’elles apportent un plus à l’exposition. Selon eux, elles illustrent la mobilisation des citoyens et l’existence d’un dialogue de société sur les sujets traités. Des ajustements ont donc été faits pour la saison « mobilités », afin de permettre à la fois une meilleure intégration et une meilleure visibilité des contributions citoyennes dans l’exposition, par exemple en resserrant la collaboration entre les groupes de citoyens et l’équipe des muséographes et ce, plus tôt dans le calendrier de conception. Parallèlement, il est prévu que l’exposition permette une plus grande modularité (avec par exemple des supports ou systèmes d’accroche amovibles ou déplaçables) pour permettre une meilleure intégration de nouveaux éléments après la livraison de l’exposition.

Du côté des participants, contribuer à une exposition n’est pas la motivation principale qui déclenche la participation au projet ; c’est le cas pour 33 % des participants seulement, loin derrière la rencontre avec des spécialistes. Pourtant, le fait d’identifier sa contribution dans l’exposition lors de l’inauguration est source de fierté et renforce l’adhésion au projet. De plus, pour les personnes qui avaient précédemment participé au projet QSEC, qui proposait des parcours similaires mais sans contribution à une exposition, cette nouvelle modalité rend le projet plus intéressant. Enfin, certains participants ont exprimé le besoin d’une meilleure appréhension des actions qui se déroulent dans les autres départements et du projet QSEC² dans son ensemble. Pour répondre à cette attente, un évènement régional a été organisé à mi-parcours de la conception de l’exposition sur les mobilités, en présence des huit groupes, de l’équipe muséographique et de scientifiques spécialistes du thème. Il a notamment permis un travail approfondi de co-conception sur certains dispositifs de la future exposition.

Animation de l’exposition dans les territoires et réseaux de partenaires locaux

Les expositions QSEC² sillonnent le territoire francilien pendant deux à trois ans. Chaque association opératrice est chargée de trouver un lieu (médiathèques, espaces municipaux, lieux de loisirs) dans son département pour accueillir l’exposition durant deux mois, assurer la médiation et mettre en place une programmation. Pour démultiplier son impact et toucher un public diversifié et parfois éloigné de la culture scientifique, le projet s’appuie dans chaque département sur un réseau de partenaires locaux. Sous l’impulsion de l’opérateur départemental, les acteurs scientifiques, culturels, éducatifs, économiques et politiques du territoire s’engagent dans un plan d’action local. Ils participent à l’élaboration de la programmation et constituent des relais pour la diffusion du projet et la mobilisation des publics.

Les activités proposées sont variées. De la visite libre, en passant par les traditionnels ateliers pour les scolaires ou encore les clubs après l’école ou les stages, le projet permet à chaque opérateur de créer des formats adaptés à son public cible et à son expertise. La programmation de l’exposition joue également la carte du hors-les-murs : ciné-débat dans un cinéma du quartier, parcours thématique ou animation déambulatoire dans la ville, visite de laboratoires et de musées, conférences en médiathèque ou spectacles. Le public est au rendez-vous : depuis le début du projet, ce sont déjà plus de 43 000 personnes qui ont bénéficié de l’exposition « Air, l’expo qui inspire » et de sa programmation. Durant son itinérance, l’exposition accueille également de nouvelles contributions des publics et matérialise ainsi la richesse de l’activité générée sur le territoire autour de la thématique.

Pour évaluer l’impact des plans d’actions locaux, nous avons fait appel à un cabinet d’évaluation externe. Au-delà du succès quantitatif − entre 20 et 50 partenaires par département, pour un total qui devrait atteindre 300 d’ici la fin de la saison − le bilan montre une très grande diversité des partenaires. Le dispositif parvient à connecter des acteurs du territoire, du champ de la CSTI mais également d’autres champs d’action et esquisse des systèmes d’acteurs dans lesquels s’intègrent les opérateurs. Le projet est apprécié, aussi bien des opérateurs qui y voient l’occasion d’un investissement important de prospection partenariale et de tests de nouvelles collaborations, que des partenaires locaux, pour lesquels il permet d’augmenter leur visibilité ou de toucher de nouveaux publics. Des difficultés ou leviers d’amélioration sont également identifiés, comme la nécessité d’anticiper la programmation sans la fermer à de nouvelles contributions, une logique d’action souvent très localisée (ville d’accueil et communes limitrophes), ou une dynamique de mise en réseaux encore insuffisante avec des relations majoritairement bilatérales entre opérateur et partenaire. À l’avenir, l’enjeu majeur sera la capitalisation de ce travail partenarial, qu’il s’agisse de concrétiser des partenariats restés inaboutis lors de la première saison ou de pérenniser les nouveaux partenariats pendant la saison mobilités du projet, et même au-delà.

Le projet QSEC², grâce aux modalités participatives qu’il propose, permet à la fois de fédérer un réseau de partenaires locaux, dont certains en dehors du champ de la CSTI, de valoriser une multitude de projets autour d’une thématique en leur donnant une place dans l’exposition et, enfin, de donner à voir aux visiteurs l’existence d’un débat de société, de la mobilisation de leurs concitoyens et ainsi, de les mettre en capacité d’agir.

Trois catégories de contributions à « Air, l’expo qui inspire », première exposition du projet, ont été obtenues :

  • la participation au cadrage thématique de l’exposition : le groupe de citoyens parisiens a travaillé sur les mythologies et proverbes sur le thème de l’air et est à l’origine d’un module muséal sur ce thème.
  • des ajouts aux modules de l’exposition : le groupe d’habitants de Seine-et-Marne a rédigé un scénario de jeu sur le thème « Faut-il limiter l’expansion des villes pour préserver la qualité de l’air ? », pour un dispositif numérique de mise en débat.
  • des contributions « indépendantes » du reste de l’exposition : des lycéens en 2nde professionnelle ont réalisé un reportage vidéo de quatre interviews de scientifiques, intitulé « De l’air et des hommes ».

Quelques exemples de contribution des publics et des partenaires des plans d’actions locaux à l’exposition, durant son itinérance :

  • un groupe de lycéens, à l’issue d’un projet pédagogique accompagné par un chercheur de l’UPEC, a réalisé une bande dessinée sur la bio-indication de la pollution à l’ozone ;
  • six membres du personnel (non-scientifiques) de l’ESPCI Paris, inspirés par une vidéo réalisée par France Nature Environnement, ont mené une expérience similaire avec l’aide d’un chercheur de l’ESPCI. Ils ont réalisé un court-métrage pour retracer cette expérience ;
  • quatre équipes de recherche de l’ESPCI ont rédigé des cartels sur des recherches en cours en lien avec les thématiques de l’exposition ;
  • le Centre Paris Lecture a prêté 200 ouvrages jeunesse sur le thème de l’air ;
  • la compagnie Les Balbucioles a enregistré une boucle sonore de textes littéraires sur le thème de l’air, sélectionnés par Estelle Gapp ;
  • la start-up PlumeLabs a mis à disposition son application sur la pollution de l’air.